Histoire d'appli · 8 min de lecture
Son application pose 25 questions avant d'afficher son prix, et presque personne n'abandonne
Cole Kosco ne sait pas coder. Apple a refusé son appli 25 fois avant de la laisser sortir. Et 13 mois plus tard, elle est 10e aux États-Unis parmi les applis les plus téléchargées de sa catégorie. Elle est 19e parmi celles qui gagnent le plus. Le plus intéressant, c'est ce qu'il a mis entre le premier écran et le prix.
19 septembre 2026

MenuFit - Healthy Eating Out
Kosco Digital LLC
Annoncé
60 000 $
par mois
Source : le revenu rapporté par Social Growth Engineers le 20 octobre 2025, 2 mois après la sortie de l'appli, seul chiffre d'argent complet rendu public à ce jour
Estimé
505 396 $
par mois
Source : mon outil Appiview, une estimation sur le seul App Store américain, entre 244 341 et 1 045 361 dollars, niveau de confiance moyen
Au sommaire, 9 parties
Presque tout le monde croit qu'une appli se vend par ce qu'elle fait. Celle-ci se vend surtout par ce qu'elle demande avant de commencer.
Qui est Cole Kosco ?
Il vient du sport. Il a été meneur de jeu au football américain, puis il a joué au baseball. Rien de tout ça ne lui a donné la carrière qu'il espérait. Il le dit lui-même, sans détour, dans un entretien vidéo du podcast Business of Wellness.
À 23 ans, il se donne 4 ans pour vivre de ses vidéos. Pendant 3 de ces 4 années, il y travaille 8 à 12 heures par jour. Et il n'y gagne pas un seul dollar. À côté, il est voiturier pour payer ses factures.
Ses vidéos parlent toutes de la même chose. Comment manger au fast-food sans abîmer sa forme. Quel plat prendre, lequel éviter, ce que contient vraiment un milkshake.
L'argent commence à rentrer fin 2024, puis pour de bon en 2025. Il arrive par des contrats avec des marques. Et c'est pile à ce moment que Cole change de métier.
Il ne sait pas programmer. Il raconte avoir passé ses journées à parler du projet avec ChatGPT. Un soir, au restaurant, il va jusqu'à épuiser son forfait. Il dessine les 5 premiers écrans de l'appli et croit avoir fini. Aujourd'hui, elle en compte environ 90.
Que fait l'appli ?
MenuFit dit quoi commander au restaurant.
Tu entres ton objectif, tes goûts, ce que tu ne manges pas. L'appli regarde la carte de l'endroit où tu es. Puis elle te donne les plats à prendre et ceux à laisser.
Elle marche aussi quand la carte n'affiche ni calories ni détail. C'est le cas presque partout.
Le téléchargement est gratuit. Tout le reste demande un abonnement.
Apple l'a refusée 25 fois
Avant d'accepter l'appli, Apple l'a renvoyée 25 fois. Je n'avais lu ce chiffre nulle part ailleurs. Google l'a refusée 2 fois.
Un des refus porte sur une question posée à l'ouverture. L'appli demande si tu es un homme ou une femme. Apple dit non. L'équipe répond qu'elle ne peut pas calculer tes besoins sans cette réponse. Et l'appli passe.
Ce qui coinçait, c'était la date. Il avait annoncé une date de sortie à son public, et aux créateurs avec qui il avait signé. Chaque refus repoussait cette date. Et il n'avait rien à leur répondre.
Si tu veux sortir une appli un jour, le plus dur sera la validation. C'est le moment où Apple et Google contrôlent ton appli avant de la laisser sortir. Et personne ne peut te dire combien de temps ça prendra.
Les 25 écrans
Quand tu ouvres MenuFit pour la première fois, tu tombes sur des questions. Environ 25 écrans à la suite, avant que le prix apparaisse.
Ensuite vient un mur. Impossible d'entrer sans commencer une période d'essai, donc sans donner ta carte bancaire.
Il donne lui-même 2 chiffres. 99,8 % des gens qui commencent vont au bout des 25 écrans. Et 40 à 45 % d'entre eux prennent l'essai ou paient. Celui qui l'interroge conseille des chefs d'entreprise toute l'année. Pour lui, la normale tourne autour de 10 à 15 %.
Pourquoi ça marche ? Il y a 2 raisons, et la première est honnête.
Les réponses servent vraiment. Sans connaître ton objectif et tes goûts, l'appli ne peut rien te conseiller de sérieux.
L'autre tient à nous tous. Plus on répond longtemps à des questions sur soi, moins on a envie de repartir les mains vides. Chaque écran rend le suivant plus facile à passer. Et le prix arrive quand on a déjà beaucoup donné.
On apprend dans le même entretien qu'il a monté son prix de 10 à 15 %. La part des gens qui achètent n'a pas baissé pour autant. Quand il s'affiche enfin, le prix ne décide plus grand-chose.
Ce qu'il annonce
En octobre 2025, 2 mois après la sortie, le site Social Growth Engineers publie un portrait. On y lit que l'appli rapporte 60 000 dollars par mois. Le même texte la place alors 66e de sa catégorie.
En janvier 2026, dans l'entretien vidéo, il compte en téléchargements. 100 000 en 2 mois et demi. Puis 200 000 le mois suivant. Et 250 000 au moment où il parle. Il vise 1 million pour avril. Ils sont alors 55 à travailler sur l'appli.
Cet entretien ne donne qu'un seul repère d'argent, et il ne porte que sur une partie. La version Android sort le jour même. Il estime qu'elle ajoute 50 000 à 100 000 dollars de revenu par mois.
Sur son profil LinkedIn, il affiche aujourd'hui 2 millions d'utilisateurs.
Il n'a donc rien caché. Il a arrêté de publier un total. Et le seul qui circule encore décrit son appli telle qu'elle était il y a 11 mois.
Ce que je mesure, moi
Avec mon outil, Appiview, je relève chaque nuit la place de milliers d'applis dans les classements d'Apple. J'en déduis ce qu'elles gagnent.
Apple tient 2 classements séparés : les applis qui gagnent le plus, et les plus téléchargées.
Mon relevé du 18 septembre place MenuFit autour de 505 396 dollars par mois, sur le seul App Store américain.
Personne ne connaît le chiffre exact d'une appli sans être dedans. Alors je donne aussi une fourchette : un chiffre bas et un chiffre haut. Ici, c'est entre 244 341 et 1 045 361 dollars.
Mon niveau de confiance, qui dit à quel point je suis sûr de mon calcul, est moyen. Ce « moyen » compte. À ce niveau de revenus, mon calcul a tendance à viser trop haut. Le chiffre bas mérite donc autant d'attention que celui du milieu.
Du 25 août au 18 septembre, MenuFit est dans les 2 classements de sa catégorie tous les jours, sans exception. Ce sont mes relevés qui le montrent, et je ne l'ai vu écrit nulle part. Elle est entre la 6e et la 13e place aux téléchargements. Et entre la 17e et la 23e à l'argent gagné.
Avant d'écrire cette phrase, j'ai vérifié que mes relevés étaient complets sur ces 25 jours. 100 lignes par jour et par classement, aucun trou. Sans ce contrôle, un jour manquant ferait croire que l'appli était absente. Et ce constat ne vaudrait rien.
Elle est donc mieux classée aux téléchargements qu'à l'argent gagné. C'est la marque d'une appli poussée par du contenu, comme ses vidéos. Beaucoup de monde entre, une partie paie.
Les avis ralentissent
Ses avis racontent autre chose. Et ça ne se voit qu'en relevant tous les jours.
Jusqu'au 5 septembre, l'appli gagnait environ 50 nouveaux avis par jour. Depuis, elle en gagne 4.
13 fois moins en 2 semaines. Pourtant, sa place dans les 2 classements n'a pas bougé.
Je ne sais pas pourquoi, et je ne vais pas l'inventer. Une nouvelle version est sortie le 3 septembre. Elle a pu retirer le moment où l'appli demande une note. En tout cas, le compteur n'est pas bloqué : il avance encore un peu chaque nuit.
Un total d'avis raconte donc ce qu'une appli a été. Il ne dit rien de ce qu'elle est aujourd'hui. 54 425 avis avec une note moyenne de 4,77 sur 5, c'est un mur devant un concurrent. 4 avis par jour, c'est un mur qui monte beaucoup plus lentement.
Est-ce qu'on peut la copier ?
Je donne à chaque appli une note d'attaquabilité, de 0 à 100. Plus elle est haute, plus il serait facile de lui prendre sa place. MenuFit est à 39, ce que j'appelle verrouillée.
Ce qui la protège : ses 54 425 avis, sa note de 4,77, et la place qu'elle tient déjà depuis des semaines.
Ce qui laisse une porte ouverte : elle a 13 mois. La société qui la publie, Kosco Digital LLC, n'a qu'elle. Et ses écrans se refont.
Il reste le questionnaire. Il se copie en 1 semaine. Donc la partie qui fait entrer l'argent est la plus facile à refaire de toute l'histoire. Ce qui ne se refait pas, ce sont les 4 années de vidéos qui envoient les gens sur le premier écran.
Ce qu'il faut retenir
Ces 25 questions et ce mur, ça se construit et ça se mesure. Et ça ne demande pas de savoir programmer.
Si Apple te refuse 3 fois, pense à lui. Il s'est fait refuser 25 fois avant d'arriver 10e de sa catégorie.
L'analyse Appiview
Statistiques parNote d'attaquabilité 39 sur 100, relevée le 18 septembre 2026. Plus elle est haute, plus il serait facile de lui prendre sa place.
Pourquoi ça marche
- 25 écrans de questions avant le prix, et 99,8 % des gens vont au bout
- 4 personnes sur 10 prennent un essai ou paient au bout de ces écrans
- 4 ans de vidéos sur le même sujet avant la première ligne de code
Ce qui ne se copie pas
- Le public qui suivait déjà le fondateur avant que l'appli existe
- 54 425 avis à 4,77 de moyenne, en 13 mois
- 55 personnes qui travaillaient dessus en janvier 2026
Ce qui se copie
- Le questionnaire de 25 écrans, qui se refait en 1 semaine
- Une société qui ne publie que cette appli
- 13 fois moins de nouveaux avis depuis le 5 septembre
Et toi, tu en es où ?
Ce chiffre est le sien. Moi, je ne promets pas de revenus : je t'apprends à construire ton appli et à la publier.
Trouver les applis qui montent, sur AppiviewSources
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